Quels regards sur la pauvreté ?
Café citoyen au café pluche
Le café-citoyen du 3 avril 2026, organisé par le groupe Ribéracois du CDD Périgord Vert, en partenariat avec le Café Pluche, a réuni une trentaine de participants sur ce thème peu abordé de la pauvreté. C’est tout naturellement à Rémi Rousseau, l’un de nos adhérents, ancien d’ATD Quart Monde et de son université populaire d’Ile-de-France, que nous nous sommes adressés.
Rémi a associé à son intervention deux acteurs sociaux du Ribéracois, porteurs de témoignages sur la situation à l’échelle locale, Virginie Deschamps de l’APLB (Association Père Le Bideau) et Xavier Prouteau, de l’équipe qui portait le projet TZCLD (Territoire zéro chômeur longue durée) sur le territoire Ribéracois.
Rémi nous rappelle en ouverture la signification originelle d’ATD : Agir Tous pour la Dignité. Née en 1958, cette ONG s’est d’abord focalisée sur le bidonville de Noisy-le-Grand en région parisienne.
Quand on parle de pauvreté, de quoi parlons-nous ?
Pour l’ONU, c’est un seuil de 2 US $ par jour et par personne. Indicateur inadapté à la situation de la France qui retient celui de 1288 € net par mois pour une personne vivant seule (07/2025). Soit environ 60 % du revenu médian. Cette limite ne tient pas compte de la satisfaction des besoins élémentaires essentiels.
Afin de comprendre la pauvreté et de sortir des lieux communs et autres idées toutes faites, ATD Quart Monde a conduit en partenariat avec l’Université anglaise d’Oxford une recherche pluridisciplinaire, sur une période de 3 ans, qui a associé, ce qui est notable, des personnes en situation de pauvreté. Il en est notamment ressorti huit dimensions de la pauvreté :
- Privation matérielle et de droits
- Peurs et souffrances
- Dégradation de la santé physique et mentale
- Maltraitance sociale
- Maltraitance institutionnelle
- Isolement
- Contraintes de temps et d’espace
- Compétences acquises et non reconnues
Plusieurs facteurs de risque ont été identifiés : le chômage, l’emploi précaire, l’isolement, la composition de la famille, la faiblesse voire l’inexistence de certaines pensions de retraite, l’âge, le handicap et l’origine. Et treize exemples d’actions concrètes témoignant d’un niveau de vie en dehors de la pauvreté ont été listés.
En France, les mesures monétaires sont essentiellement le RSA, l’AAH (allocation adulte handicapé) et l’ASPA (allocation de solidarité personne âgée) : on notera qu’elles ont toutes les trois inférieures au seuil de pauvreté. Elles sont complétées par des mesures sociales comme l’APL (aide personnalisée au logement), les allocations familiales, les chèques énergie notamment. Quoi qu’il en soit, le constat est qu’environ 10 millions de personnes vivent en France sous le seuil de pauvreté selon de dernier rapport du Secours Catholique de novembre 2025. Parmi elles, 350 000 vivent dans la rue, en grande précarité, et notamment 32 000 enfants.
Virginie Deschamps anime des ateliers d’accompagnement des personnes relevant du RSA au sein de l’Espace ressource de l’APLB à Ribérac. Elle témoigne de son quotidien, alerte sur l’intensification de la pauvreté qui a doublé entre 2011 et 2024. Dans le Ribéracois, comme dans le Nontronnais, le pourcentage de foyers allocataires du RSA s’établit à 9%, ce qui est sensiblement moins dégradé que dans le Mussidanais (14%) ou le Sarladais (16%). Les profils que Virginie accompagnent sont majoritairement des femmes (55%), vivant seules (54%), des familles monoparentales (30%), des travailleurs pauvres (30%) et des plus de 50 ans (31%). Elle nous dit son inquiétude dans la situation actuelle où les besoins augmentent et où les aides diminuent.
Xavier Prouteau, cadre retraité de l’industrie, s’est fortement impliqué dans le projet TZCLD que Danielle Delpey et Viviane Goethals étaient venues présenter lors du café-citoyen de juin 2023. Il nous rappelle que la Constitution de la 4ème république (1948) stipulait le devoir de travailler et le droit à un emploi. L’idée qui a présidé à cette démarche territoriale est d’utiliser le coût en terme de dépense publique d’un chômeur pour créer un « emploi à but d’emploi » (EBE) en CDI. L’emploi en question, réservé à une personne éloignée de l’emploi et motivée, doit correspondre à un service non concurrentiel. 21 communes de la CCPR s’étaient associées à ce projet qui a mobilisé beaucoup d’énergie et n’a finalement pas été retenu, sans la moindre explication, en dépit de l’appréciation très positive des autorités de l’Etat consultées en amont. Un immense gâchis !
En guise de conclusion, Rémi Rousseau nous alerte sur les pièges inhérents aux regards sur la pauvreté : préjugés, idées fausses, méconnaissance, fakenews et leurs conséquences sur les personnes en situation de précarité et de pauvreté :
– discours sur « l’assistanat » ou « les profiteurs »
– discrimination de « l’autre »
– dans les médias, le laisser-dire des idées fausses sans contradicteurs.
Et de citer enfin Geneviève Anthonioz de Gaulle, laisser porter atteinte à la dignité des citoyens, c’est porter atteinte aux valeurs fondamentales de ladite société, et Nelson Mandela, vaincre la pauvreté ce n’est pas un geste de charité, c’est un acte de justice.
